L’intimité et le recueillement conduisirent la création musicale Nostalghia confiée au pianiste François Couturier. S’inspirant du cinéma russe d’Andreï Tarkovski, son minimalisme éveilla la sensibilité de l’auditoire samedi 18 Janvier à Pôle Sud/Strasbourg.
Si l’entrée en musique du quartet souffrit d’une ascèse contemporaine un peu trop appuyée, l’intervention gracile du saxophoniste Jean-Marc Larché assouplit la trop grande sévérité du jeu. Dès lors le toucher de Couturier, retenu jusqu’alors au fil de la narration projetée au second plan, se fit plus tendre et délicat et, cajolant l’instrument de caresses mélodiques en vibrations ondulatoires, le pianiste illustra avec sobriété les images du cinéma d’Andreï Tarkovski. Les accords revêches de la violoncelliste Anja Lechner s’estompèrent progressivement au profit d’un cheminement moins tortueux.
Ainsi le choix des séquences d’Andreï Andreïevitch, fils du célèbre cinéaste et présent à cette séance, ne mit pas tant en lumière la quête d’absolu du père, espérance cinématographique en devenir et épure visuelle au service d’une humilité humaniste, que le rapport intime entre l’Homme et la Nature. Les images diffusées conférèrent à cette dernière une dimension mystique quasi-divinatoire sous forme de force sensitive immanente aux pouvoirs insoupçonnés. Happant les acteurs de son mutisme suprasensible, celle-ci s’échappant de la pellicule s’empara progressivement des spectateurs : brumes grisâtres en forme de mousselines enrobant les steppes désertiques, hère misérable voguant dans les immensités du vide, enfance plongée dans une forêt nordique millénaire, l’innocence de l’âme et les sentiments contraires, sublimés par les noirs et blancs d’un grain minéral, traversèrent un voyage visuel d’un dépouillement apaisant.
Au-delà de l’hommage à Tarkovski, cette philosophie naturaliste, à la fois musicale et visuelle, témoigna de la force tranquille de la nature : mouvante, immense et toujours puissante.